• Cyril

Le wax, un tissu à l’identité forte

Dernière mise à jour : 30 sept. 2020

Si les textiles wax sont aujourd’hui facilement associés à l’Afrique, et en particulier aux boubous, leur existence et leur histoire dépassent ce continent. Nés en Indonésie (où on les appelait les batiks), ces tissus ont ensuite été importés pour être portés de manière « brute » (les fameux boubous) ou cousus sous formes de vêtements plus classiques (robes, pantalons…).

Mais au-delà de l’aspect vestimentaire, les tissus wax ont en fait une symbolique et une réelle signification. Celui ou celle qui porte un vêtement en wax véhicule un message et des valeurs.


Le wax comme marqueur social


Le tissu wax est fabriqué grâce à l’utilisation de cire (« wax » en anglais) qui sert à délimiter les motifs en « résistant » aux bains de teintures appliqués sur le tissu. Cette technique a ses défauts, notamment la craquelure de certaines parties de la cire, qui deviennent en fait un gage de qualité puisqu’ils sont la preuve tangible de la technique utilisée. En effet, chaque pièce devient ainsi quasi unique, et il est donc facile (avec des yeux quelque peu entrainés néanmoins) de voir si le wax est véritable ou si le tissu est un simple imprimé.

Historiquement, ces tissus sont nés en Indonésie, mais l’industrialisation de la production des tissus wax s’est développée dans les pays colonisateurs qu’étaient l’Angleterre et les Pays-Bas (ce dernier étant aujourd’hui le foyer du premier fabricant mondial de Wax : l’usine Vlisco - https://www.vlisco.com/fr/). La complexité de la fabrication de ces tissus (impression recto-verso, nombreuses couches de teinture, opérations diverses) a eu deux effets majeurs :

- Une augmentation des coûts de fabrication (malgré des tentatives de simplification des procédés)

- L’arrivée de tissus dits « fancy » (imprimés sur une face unique du tissu) moins chers à fabriquer, donc plus accessibles.


Ceci a créé une distinction forte entre ces deux types de tissus, qui sont devenus des marqueurs pour ceux qui les portent : le coût des tissus wax étant de moins en moins accessible, la classe populaire y a moins facilement accès. Tel un produit de luxe, le tissu wax est donc devenu un marqueur social. Ce produit populaire, issu des pratiques traditionnelles, est aujourd’hui exhibé (par certains) comme un produit de luxe qui montre leur appartenance (réelle ou prétendue) à une classe aisée.


Chaque motif est un message


Au-delà de ces aspects économiques, ce tissu traditionnel (wax ou fancy) porte aussi un message intrinsèque en fonction du motif qu’il représente. Si ces types de tissus sont, aux yeux du grand public, facilement associés au continent Africain, les motifs qu’ils revêtent permettent, eux, de marquer une appartenance géographique, voire une appartenance ethnique, plus fine, ou de passer un message politique, religieux, ou social. Ajoutons que le nom donné à chaque tissu peut-être lié aussi bien à ce qu’il représente (quelques exemples sont donnés juste après) qu’à un évènement qui a eu lieu au moment où le tissu a été commercialisé, comme par exemple :


- « Si tu sors, je sors » : ce pagne est un message d’égalité homme/femme (et un avertissement de la femme à son mari).


- « Aka-Anghui » : Hortense Aka-Anghui était Député à l'Assemblée Nationale et ministre de la promotion des femmes. Son nom a été donné à un motif qu’elle a porté en pagne en passant à la télévision dans les années 1980.



- « Fleur de mariage » : Ce pagne orné de fleurs d’hibiscus est traditionnellement offert aux jeunes mariés. Il symbolise le bonheur dans le mariage et est source (selon la croyance) de richesse et de réussite. On le retrouve sur notre t-shirt "bleu, blanc, rouge" en coton bio.


- « Femme capable » : en opposition au pagne « Mari capable » (porté par les femmes qui souhaitent montrer que leur mari est capable de les entretenir et de leur offrir tout ce qu’elle souhaite – y compris des pagnes), le pagne « Femme capable » est une manière pour la femme de marquer son indépendance, son autonomie, et sa capacité d’entreprendre et de prendre soin d’elle.



Sources :

Wax, d’Anne-Marie Bouttiaux, éditions Hoëbeke

Elle Côte d’Ivoire

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